« Les épinards | Page d'accueil | Et une nouvelle semaine qui commence... »
26.03.2008
Sentiments durs à gérer
Chose promise, chose due. Si la semaine dernière a été chaotique, c'est que j'ai réalisé plein de choses. Les anti-dépresseurs n'étaient vraiment pas extras pour moi, ça me faisait passer par des moments de hauts et de bas complètement épuisants et impossibles à supporter pour ma chérie. Alors j'ai changé de médocs. Tercian, here i come. Et ce truc m'a vraiment fait du bien, ça m'a enlevé l'angoisse et les sentiments annexes créés par la dépression comme l'angoisse, la boule au ventre ou la culpabilité sans objet particulier, ou la sensation de ne pas pouvoir se lever pour commencer quelque chose. Du coup, je me suis retrouvé tout dépouillé face à la vérité nue et aux sentiments purs qui me mettent dedans aujourd'hui parce qu'ils se sont accumulés sur des dizaines d'années.
Je ne détaillerai pas forcément les causes objectives et les trucs persos que j'ai compris, par pudeur (bin oui je déballe tout mais je garde le bas, désolé).
Le pire (ou le mieux, parce que j'ai énormément progressé ce jour là), c'est mardi dernier, le 18. Me voilà parti sur les petites routes de campagne entre le petit village où j'habite et une petite ville à une trentaine de bornes de là. Et moi, d'humeur badine, je veux passer par un itinéraire inhabituel, pour changer, pour le plaisir de conduire dans la campagne au milieu des ragondins et des mulots farceurs. Mais sur toutes les routes que je prenais, sur toutes les déviations que j'empruntais, je vous jure, il y avait des travaux, impossible de passer. Me voilà tout seul dans ma caisse à paniquer comme un gland durant 20 minutes avant de retrouver un chemin qui m'accepte. On aurait dit un mauvais rêve, une putain de métaphore de ma vie. Mais c'était la réalité.
Du coup me revoilà sur la bonne route, et je cogite, je cogite, je cogite, et un sentiment de tristesse immense commence à me gagner et je me mets à chialer, doucement d'abord, puis à gros sanglots de plus en plus, au point de ne plus pouvoir conduire et d'être contraint de m'arrêter. Alors en Djack Bauer bien équipé de la dépression que je suis, je sors mon pti carnet et je me mets à écrire, écrire, écrire, jusqu'à ce que les larmes se tarissent et que je retrouve un semblant de calme pour reprendre la route. Si vous ne vous êtes jamais trouvés arrêtés sur une départementale en train de sangloter, alors que des gros camions passent à 90 km/heures et qu'à chaque fois le souffle vous fait tanguer, eh bien, si vous pouvez éviter, faites le. Aller plutôt au ciné ou, tenez, au bowling par exemple.
Cette tristesse, elle venait du fin fond de mon enfance et de ce que j'ai vécu – ou pas vécu – à ce moment là, à partir du moment où j'ai choisi de me replier sur moi pour ne rien faire de mal, à me plonger dans les livres au lieu de la vie, là où j'étais inoffensif et où personne ne pouvait me critiquer ou me faire de mal, où je pouvais être un petit garçon modèle que je cherche encore à être aujourd'hui malgré moi, et c'est pour cela que je ressens encore tout avec autant d'acuité, comme si c'était encore d'actualité. Mais ça l'est. Et j'ai 29 ans, bordel.
Le jeudi, révélation fatale. Yves, 29 ans, pas de but dans sa vie, aucune estime de lui-même, ne respectant pas les autres parce qu'il ne se respecte pas lui-même, provoquant des situations merdiques pour être « puni », pour « avoir mal » parce que quelque part je le mériterais. Bin oui après tout, quand on embarque tout le monde dans la merde de la dépression, quand on est incapable de gérer sa propre vie, qu'est ce qu'on mérite à part en prendre plein la tronche! La fessée émotionnelle, en quelque sorte.
Samedi, enfin.Et là vous vous dites « ah oui quand même il a tout de même réussi à arriver jusqu'au samedi, moi je croyais qu'il n'y avait plus qu'à vendre le nom de domaine de ce blog parce que tout était foutu ». Presque, perspicace lecteur. Car le samedi fut bien merdique. Mais salutaire lui aussi. Parce que là je comprends enfin que le lien entre toutes ces situations, toutes celles que je notai dans mon carnet selon la méthode dite des « trois colonnes » (situation / changement d'humeur / pensées) toutes avaient un point commun.
La colère.
Le ressentiment
Et ça dans les deux sens... je me rends compte que je suis incapable de gérer une colère, même légitime, dirigée vers moi. Et que ça trouve une résonnance particulière, un écho puissant dans mes tripes. Que ça me désempare. Que je me sens inexplicablement coupable, fautif au-delà du rationnel, que ça me le doigt dans une plaie à vif. J'ai juste envie de fuir, de me cacher, de me réfugier dans le petit monde du petit Yves de 7 ans au milieu de ses livres, à l'époque où on se foutait (gentiment) de moi, en disant que j'avais avalé un dictionnaire, mais que je ne provoquais la colère de personne. Pensez-vous ! Yves, c'est un bon élève, il est sage, dans son coin, on ne l'entend jamais, une crème. Ce qu'il pense? Là on n'en sait rien, mais quelle importance.
Et à l'inverse, lorsque moi je ressens de la colère, je suis absolument incapable de l'exprimer, je la refoule, et elle grandit pourtant en moi et me rend irritable, prêt à basculer au moindre souffle dans le gouffre du grand n'importe quoi. Et je vacille au bord du nombrilisme, de l'égotisme constant, ping pong entre le complexe d'infériorité et de supériorité...

Alors pourquoi? Je suis au seuil de quelque chose, j'ai des vraies pistes. Mais ça sera pour une autre fois. Mais si je suis arrivé au samedi, que je suis même parvenu en un seul morceau au mardi, dites bravo à ma douce qui sait le mélange secret entre compréhension tendre et secouage de cocotier, qui n'a pas peur de la colère ni d'aucuns sentiments, pour qui je suis avant tout humain, qui me serre dans ses bras ou me met face à moi-même quand il le faut. Je ne sais pas d'où elle tire cette force (qui a ses limites, la situation l'épuise elle aussi), ou plutôt je sais, mais je ne le dirai pas. Mais en tout cas, elle mérite que toute personne qui lise ce message s'arrête un instant de penser à moi (pour autant qu'il le fasse), pour penser un peu à elle et lui envoyer un peu plus de force pour qu'elle tienne. Moi on s'en fout. Mais seigneur, faites que j'aille un peu mieux avant que de l'avoir poussée à bout.
Ca va le faire, parce qu'on le mérite tout les deux. Mais qu'est ce que c'est dur et chaotique.
22:48 Publié dans Journal d'un dépressif | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : dépression, colère, enfance bizarre





Commentaires
si je peux me permettre... fais gaffe.
bien sûr que ça fait flipper de "pourrir" la vie de son conjoint.
mais il faut que tu ailles mieux avant tout pour toi.
fais gaffe à ne pas refouler "juste" pour la préserver.
Des choses que tu as enfoui depuis bien longtemps sont en train de ressortir en force. Laisse-faire! Accorde-toi le droit d'aller mal de temps en temps, et tu verras que du coup, comme tout, ben quand on a le droit c'est moins intéressant...
Pi une fois que tout sera sorti, et surtout que tu y aura fait face, ça ira mieux. C'est un peu le principe de l'abcès!
Je crois que c'est dans ce sens-là qu'il faut comprendre "l'égoïsme" du dépressif, ce n'est pas qu'il ne faut plus faire attention aux autres, c'est qu'il faut commencer par s'aimer soi-même pour les aimer mieux. Et aller mieux pour soi-même avant tout.
Ecrit par : andouille | 27.03.2008
Je sais bien. En fait, mon amoureuse comprend parfaitement et respecte tout à fait mes "symptômes" et le traitement qui va avec. Elle m'incite à aller sur cette voie, elle est beaucoup plus lucide que moi sur ce fait. C'est juste moi tout seul qui ait du mal à accepter mon état, et souvent je le nie, j'agis comme si je n'étais pas déprimé et j'en prends beaucoup trop sur mes épaules comme pour conjurer le mal mais ça foire à tous les coups... parce que ça ne marche pas comme ça. Et je m'écroule, et c'est là que je lui fais du mal. C'est à ça que je veux mettre fin.
Comme tu le vois, c'est le soukh dans ma teuté, mais merci, doc andouille, de vous pencher sur mon cas ;o)
Ecrit par : Yves | 27.03.2008
Quand tu parles d'égoïsme du dépressif je me reconnais doublement car je me rends compte que moi aussi (et meeeerde il continue) je ne pense qu'à régler avant tout mes problèmes pour pouvoir ensuite encaisser ceux des autres.
Si tu as du mal à exprimer ton mal être oralement en tout cas je trouve que tu l'exprime très bien sur ce blog ce que j'apprends peut être grâce à toi à faire mais j'ai encore des progrès pour me faire comprendre car il se trouve que je suis aussi bègue (eh oui décidément la série noire continue). Enfin c'est pas du bégaiement comme on l'entend c'est ce qui ne s'entend pas qui est le problème ici.
Chez ceux qui ont le bégaiement masqué comme moi avant même d'avoir d'éventuels bafouillement oraux perceptibles, c'est le fait d'oser parler devant quelqu'un ou d'exprimer quelque idée qui est censurée et qui épuise la personne car de cette manière, elle ne peut pas non plus s'exprimer librement.
Je ne pense pas qu'il y ait des liens effectifs avec la bipolarité mais je pense que ça peut en être l'une des causes chez certaines personnes qui en souffrent et c'est parfois atroce croyez le bien !
Ecrit par : Ĝilo | 30.03.2008
merci pour les encouragement, encore une fois ;o)
en fait c'est toujours compliqué pour moi de savoir où s'arrête la dépression et où commence l'auto-apitoiement... Des fois je me dis même qu'il est franchement impossible de faire la distinction. Alors je lâche à peu près tout sur ce blog, à vous de juger !!!
Tu sais, je ne suis pas bègue, mais je me retrouve vraiment dans ce que tu en décris. Quand j'étais plus jeune, et encore tard dans la post adolescence, j'avais une vitesse de parole qui engendrait un bafouillement qui confinait au bégaiement: le problème, c'était cette double angoisse : ou ce que j'avais à dire n'était pas intéressant, et mon bafouillement entretenait cette confusion dans la compréhension de l'autre, ou bien j'allais me faire couper la parole à tout moment, parce que je me sentais toujours en position d'infériorité par rapport à mon interlocuteur.
Depuis que mes études m'ont forcé à prendre la parole en public, ça s'est atténué, mais en période d'angoisse, de fatigue, de manque de confiance en moi, ça resurgit du fond de moi, comme une espèce de baromètre...
Ecrit par : Yves | 31.03.2008
Ecrire un commentaire