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06.03.2008
Le bord du gouffre
Je suis un gars ordinaire. Je n'ai aucun problème. J'ai fait les études que j'ai voulu, J'ai épousé la fille que j'aime, je vis dans un appart' sympa dans un bel endroit agréable à vivre. Et pourtant, je fais une dépression. Et pendant ce temps, il y a des gens avec des vrais problèmes, qui vivent dans la misère ou qui crèvent dans des conditions innommables.
Et moi, je suis là, avec ma petite dépression. Ou du moins, c'est ce que m'ont dit les médecins, le psy lui préfère parler d'atteinte au moral... tout ça ce n'est que des étiquettes pour une seule et même chose : le bord du gouffre. Tu es là, tu as l'impression d'avoir un minimum de contrôle, de naturel, et tout d'un coup, en moins d'une seconde, pour un geste, un mot, une feuille qui vole au mauvais moment, tu tombes. Peu importe ta volonté, peu importe ton niveau d'études, le nombre de livres que tu as lus, le nombre d'épreuves que tu as traversées, tu t'écroules. Et les larmes viennent du fond de tes tripes, là où tu pensais qu'il n'y avait rien, rien du tout. Mais il y a cette sensation de vide, qui t'empêche de vivre, parce que ce vide siphonne le sens des choses, leur goût, leur intensité.
Tout ce qui est grand, sacré, aimé, la minute d'avant, tout cela s'effrite.
Et quand tu te calmes, que les médocs t'anesthésient ou quoi que ce soit que tu aies trouvé pour reprendre le contrôle, tu restes là comme une merde au bord du chemin, une espèce de rien du tout déconnecté de ses sentiments, à la merci de n'importe quoi, pourvu que ça fasse s'arrêter la grande roue des pensées négatives qui te plombent et t'assomment et te renvoient là d'où tu viens.
Et l'optimisme peut revenir.
Jusquà la fois suivante. Jusqu'à la prochaine feuille au prochain mauvais moment. Une personne un instant, un étranger la seconde suivante. Un putain d'étranger pour tout le monde, y compris toi-même.
Et tu te hais. Tu voudrais te dire de partir, de te casser, de t'arracher de ta propre tête pour te retrouver, toi, mais tu n'es nulle part. Tu ne te vois pas, tu ne te sens pas. Même ton corps te paraît être celui de quelqu'un d'autre. Et autour de toi, lesgens que tu aimes en prennent plein la tronche dans ce va et vient incessant, et tu les uses, jusqu'à ce qu'eux aussi te perdent de vue et ne se rappellent plus qui tu es et pourquoi ils t'aimaient. et tu les comprends. Et cela appuie sur juste les bons boutons pour te mettre encore un peu plus en pièces.
Je m'appelle Yves. Et je suis dépressif. Voilà ce que je sais.
Bienvenue dans ce blog. Bienvenue dans cette merde. Bienvenue dans ma vie.
21:12 Publié dans Journal d'un dépressif | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dépression





Commentaires
Y a pas moyen de verbaliser contre les atteintes au moral?
Ecrit par : Sanrankune | 07.03.2008
j'ai déjà été verbalisé par la police des sentiments mec.
J'ai plus de points sur le permis de la vie ;o)
Ecrit par : Yves | 09.03.2008
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